Ma progression de français en 4e pour 2026-2027 : développer l’esprit critique
Cette année, j’ai eu envie de penser ma progression de 4e autour d’un fil rouge qui me tient particulièrement à cœur : développer l’esprit critique des élèves.
J’ai commencé à mettre un petit pied dans les nouveaux programmes de français, notamment à travers la logique des projets d’apprentissage, qui me parle beaucoup. J’aime l’idée de ne pas seulement construire une succession de séquences ou d’objets d’étude, mais de penser davantage en termes de gestes intellectuels, de compétences réelles, de choses que les élèves vont apprendre à faire et pouvoir réinvestir.
L’objectif, cette année, sera donc de leur donner des outils (et de les créer avec eux) pour lire, comprendre, questionner, argumenter, écrire et prendre la parole face aux problématiques qu’ils rencontrent.
Et elles sont nombreuses.
Harcèlement, racisme, sexisme, montée du masculinisme, discriminations, enjeux environnementaux, réseaux sociaux, désinformation, intelligence artificielle… Nos adolescents sont confrontés très tôt à des réalités complexes, parfois violentes, souvent contradictoires.
Je crois qu’ils ont besoin de connaissances, bien sûr. Mais aussi de savoir chercher, vérifier, confronter, douter, nuancer, argumenter et se construire un avis par eux-mêmes.
C’est sans doute ce qui guidera le plus ma progression de 4e en 2026-2027.
Un fil rouge : lire pour comprendre le monde
J’ai voulu que les intitulés mêmes de ma progression racontent quelque chose :
- Observer le réel
- Faire vaciller le réel
- Imaginer d’autres réalités
- Questionner le réel
- Transfigurer le réel
- Confronter le réel à nos valeurs
Derrière ces intitulés, il y a une idée simple : faire de la littérature un véritable outil de compréhension du monde.
Lire entre les lignes, faire des inférences, construire une interprétation, confronter des points de vue, comprendre les intentions d’un auteur et les effets produits sur le lecteur.
J’aimerais également donner davantage de place à l’écriture pour apprendre.
Écrire dans les marges, annoter, reformuler, organiser sa compréhension, construire une carte mentale, garder des traces de ses hypothèses… L’écriture ne sera donc pas seulement une production finale. Elle deviendra aussi un outil pour penser.

Projet 1 — Observer le réel
Le premier projet sera consacré au réalisme, autour de La Parure et Aux champs de Maupassant.
L’objectif sera méthodologique : apprendre aux élèves à annoter un texte, à relever des indices, à distinguer les informations explicites et implicites, à faire des inférences et à organiser leur compréhension.
Je veux commencer l’année en installant une vraie méthode de lecture, réutilisable dans toutes les autres séquences.
Le projet final prendra deux formes :
- une fiche outil construite avec les élèves sur l’interprétation des textes littéraires à travers la prise d’indices.
- une affiche réalisée en groupe à partir d’une nouvelle inconnue de Maupassant. Les élèves devront rendre compte de leur compréhension et de leur interprétation du texte.
En lecture cursive, ils choisiront un roman contemporain autour de cette question :
Que donne ce roman à voir de notre société ?
Parmi les titres envisagés : No et moi, Delphine de Vigan, Simple, Marie-Aude Murail, Oh, boy !, Marie-Aude Murail, Les Petites Reines, Clémentine Beauvais, Ma réputation, Gaël Aymon, Frangine, Marion Brunet.
Projet 2 — Faire vaciller le réel
Le deuxième projet sera consacré au fantastique.
Nous travaillerons principalement sur Apparition de Maupassant et Le Portrait de Gogol.
L’objectif sera de comprendre comment un auteur utilise la langue pour faire naître le doute et la peur chez son lecteur.
Les élèves apprendront à repérer les procédés du fantastique, à comprendre la construction progressive de l’étrange, à observer l’hésitation entre réel et surnaturel et à relier un choix d’écriture à une intention et à un effet produit.
En écriture, ils auront à leur tour pour mission de produire une nouvelle fantastique capable de susciter le doute et la peur. Nous organiserons une séance de lecture des productions dans une ambiance sombre et étrange (volets fermés, bougies led…).
Une lecture cursive fantastique au choix viendra compléter le projet.
Projet 3 — Imaginer d’autres réalités
Ce projet sera consacré à la dystopie.
Les élèves choisiront un roman autour du thème de la ville, parmi une sélection construite notamment autour de Vîles, Ilos, Nox…
Ici, la compétence majeure sera l’oral.
L’objectif ne sera pas de raconter son livre, mais de présenter et défendre une interprétation personnelle.
Les élèves devront se demander :
- Quelle réalité le roman imagine-t-il ?
- En quoi cette réalité est-elle problématique ?
- Quels passages permettent de le montrer ?
- Que ce monde fictif nous invite-t-il à questionner dans notre propre société ?
Le projet final prendra la forme d’un chocolat littéraire argumenté et d’un bookcast.
Projet 4 — Questionner le réel
C’est sans doute le projet qui porte le plus clairement le fil rouge de l’année.
Nous partirons de deux courts textes de Voltaire : Jeannot et Colin et Le Monde comme il va.
L’objectif sera d’apprendre à lire, confronter et vérifier des textes et des documents pour construire son jugement.
Ce travail s’inscrira autour de la Semaine de la presse et des médias, avec un projet mené en lien avec ma collègue professeure documentaliste.
La grande question d’enquête sera :
Entre l’égalité proclamée et l’égalité vécue, quel chemin reste-t-il à parcourir ?
Les élèves travailleront par groupes sur différents sujets : égalité femmes-hommes, racisme et discriminations raciales, minorités sexuelles et LGBTphobies, liberté d’expression, information et manipulation…
L’idée sera de les accompagner très fortement dans la recherche documentaire : choix des mots-clés, fiabilité des sources, vérification des informations, confrontation des documents, distinction entre information, opinion et manipulation.
Nous aborderons naturellement la presse, les fake news, les réseaux sociaux, les images générées par intelligence artificielle et la question de la fiabilité de l’information.
Le projet final prendra la forme d’une exposition au CDI, accompagnée d’une présentation orale des conclusions de chaque groupe.
Projet 5 — Transfigurer le réel
Le cinquième projet sera consacré à la poésie lyrique et à l’expression des sentiments.
Nous travaillerons à partir d’un corpus de poèmes et les élèves choisiront également un recueil poétique en lecture personnelle.
L’objectif sera de comprendre comment la poésie transforme une expérience ou une émotion en matière poétique.
Les élèves observeront différentes ressources : images, rythme, répétitions, sonorités, lexique, disposition du poème…
Puis ils écriront à leur tour un poème personnel.
L’enjeu ne sera pas de placer artificiellement des procédés, mais de réfléchir à une vraie question d’écriture :
Quel effet ai-je envie de produire et quels choix peuvent m’aider à y parvenir ?
Le travail pourra se prolonger par une mise en voix des textes.
Projet 6 — Confronter le réel à nos valeurs
L’année se terminera avec Roméo et Juliette de Shakespeare.
La problématique sera :
Comment choisir lorsque nos valeurs entrent en conflit avec l’amour ?
Nous travaillerons sur les tensions qui traversent la pièce : amour et famille, individu et groupe, obéissance et liberté, paix et vengeance.
Les élèves apprendront à interpréter une scène, à confronter différents points de vue et à justifier leurs choix.
Un débat interprétatif pourra accompagner l’étude de l’œuvre :
Qui est responsable de la tragédie de Roméo et Juliette ?
Le projet final sera une mise en voix et en scène d’un extrait de la pièce.
L’objectif sera alors d’aller jusqu’au bout du fil conducteur de l’année : après avoir observé les choix des auteurs, les élèves devront à leur tour faire des choix d’interprétation et réfléchir aux effets qu’ils souhaitent produire sur le spectateur.
Une progression qui ne dit pas tout
Le tableau que je partage avec cette progression est volontairement synthétique.
Il ne montre pas tous les projets de lecture, toutes les activités, les compétences secondaires, les reprises méthodologiques ou les petits travaux menés en parallèle.
Il ne détaille pas non plus le travail de langue.
Celui-ci sera mené toute l’année à travers des chantiers de langue, des progressions spécifiques, des rituels et des fiches spiralaires.
L’objectif est justement d’éviter le saupoudrage : certains points feront l’objet d’un véritable chantier, d’autres seront repris régulièrement au fil de l’année.
Cette progression reste donc une proposition de travail, pas un modèle.
Je vais la tester en 2026-2027, puis forcément la réajuster à la lumière de ce qui aura réellement fonctionné avec mes élèves et des nouveaux programmes.
Mais le cap, lui, est clair :
lire pour comprendre, écrire pour penser, parler pour argumenter, et apprendre peu à peu à construire son propre jugement.
C’est cette direction que j’ai envie de suivre cette année.







